Pernod est traité avec délicatesse par le Hedge Fund Newyorquais


Articles / lundi, mars 11th, 2019
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Ceux qui s’attendent à un combat entre Elliott et le PDG de Pernod Ricard pourraient être déçus. Les fonds activistes peuvent aussi gagner de l’argent grâce à une approche délicate.

Le milliardaire Paul Singer est souvent présenté comme le pire cauchemar de tout PDG. Son fonds de couverture Elliott Management Corp. est connu pour ses campagnes activistes agressives qui poussent les conseils d’administration à faire des changements radicaux ou à se laisser emporter.

Mais son dernier pari européen, concernant le fabricant de spiritueux  français Pernod Ricard SA, est différent. Il s’agit d’une approche de bon sens qui préconise des ajustements plutôt qu’une réforme radicale de la structure. A en juger par les récents changements au sein du conseil d’administration de la société et par la hausse du cours de l’action, cela fonctionne pour la direction d’Elliott et de Pernod. Ne vous étonnez pas si cela finit par être plus une cure de jouvence de l’ancien régime qu’une révolution en bonne et due forme.

En décembre, quand Elliott a annoncé une participation de près d’un milliard d’euros (1,1 milliard de dollars) dans Pernod-Ricard – propriétaire de Chivas Regal, Jameson Irish whiskey et Absolut vodka – nous avons cru être confrontés à un conflit typique entre une société Newyorkaise agressive et un joyau groupe français. Elliott s’en est pris à la gouvernance de l’entreprise familiale et a demandé des réductions de coûts pour corriger sa mauvaise performance par rapport à ses pairs. Bloomberg News a rapporté que la vente de Pernod était une option. Le PDG de l’entreprise de boissons, Alexandre Ricard, a défendu son plan d’investissement à long terme.

Mais derrière les fanfaronnades, il n’y a pas grand-chose ici qui corresponde au modèle de l’activiste radical. Vendre Pernod-Ricard ? Pour qui exactement ? Les obstacles antitrust possibles pour tenter de battre Diageo Plc semblent insurmontables. Et essayer d’argumenter que Pernod est un artiste peu performant et victime d’un conseil d’administration à l’écoute ne fonctionne pas tout à fait non plus. Le titre a augmenté de 83 % en cinq ans, contre un gain de 62 % pour Diageo. Thierry Le Clercq, gérant de fonds chez Mandarine Gestion, déclare que Ricard semble insensible à l’arrivée d’Elliott. Les investisseurs sont attirés par la croissance future en Asie, et c’est en bonne voie.

En y regardant de plus près, Elliott n’est pas particulièrement arrogant. L’amélioration de la gouvernance d’entreprise et la réduction d’un écart de 5 points de pourcentage entre la marge opérationnelle et celle de Diageo est raisonnable. Les réponses de Pernod suggèrent qu’il va dans cette direction de toute façon.  Pierre Pringuet, dirigent de longue date, a renoncé à sa vice-présidence, tandis que Patricia Barbizet, une femme d’affaires expérimentée, est devenue administrateur indépendant.

Le plan d’économies de 100 millions d’euros de Pernod est bien en dessous de ce qu’Elliott recherche et le fonds Singer estime que la société pourrait être plus « ambitieuse ». Mais de manière détournée, l’équipe de direction d’Elliott et de Pernod peuvent trouver leurs intérêts alignés. Un conseil d’administration rajeuni pourrait donner plus de liberté au PDG Ricard pour faire face aux dépenses et enfin tourner la page sur l’acquisition d’Absolut en 2008, qui a lourdement endetté Pernod et entraîné de fortes dépréciations. Ricard lui-même a déclaré dans une interview que les actionnaires l’avaient poussé à s’en tenir à la stratégie mise en place. Il est donc intéressant de constater qu’il se dit « heureux » qu’Elliott soit maintenant inclus dans le tableau.

Quant à Singer, il aurait bien besoin d’une victoire facile en Europe, qui n’implique pas une lutte prolongée et politiquement chargée. D’autres marchés ne se sont pas déroulés sans heurts : Telecom Italia SpA est en pleine tourmente, le fabricant de puces néerlandais NXP Semiconductors NV n’a pas pu être racheté par Qualcomm Inc. et l’attaque d’Elliott contre le fabricant de peinture Akzo Nobel NV a abouti à une trêve après des revers juridiques.

Pernod ressemble à une entente cordiale en comparaison. Le fonds pourrait très bien vendre sa participation demain et déclarer une victoire pour ses investisseurs; faire de l’argent est souvent mieux que se faire des ennuis. Emmanuel Macron pourrait lever son verre.

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