Le fondateur du plus gros « hedge fund » pessimiste sur l’évolution des marchés


Articles / samedi, janvier 19th, 2019
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Ray Dalio, le fondateur du plus grand hedge fund, Bridgewater Associates, est pessimiste sur l’évolution des marchés. Soutenus pendant 10 ans de crédit bon marché, ils vont devoir gérer la poursuite de la remontée des taux d’intérêt.

Ray Dalio, le fondateur du plus grand hedge fund Bridgewater Associates, qui gère 160 milliards de dollars, distille régulièrement, comme George Soros, son analyse de la « machine économique » et de ses interactions avec les marchés. La chaîne d’information économique Bloomberg révélait que celui-ci avait misé 22 milliards de dollars contre des géants économiques allemands, français, italiens et néerlandais. Pour ce faire, le « hedge fund » a utilisé le processus classique de la vente à découvert qui consiste à vendre des actions à un certain cours en espérant que celui-ci chute pour pouvoir les racheter moins chères plus tard.

Retour sur les évènements qui ont marqué 2018

Rappelons que tout a commencé en Italie l’automne dernier lorsque le fonds a pris des positions « short » (on parle de position « short »  lorsqu’un investisseur emprunte pour vendre un titre financier à découvert, en misant sur la baisse de son cours) sur les banques du pays. Les bilans de la plupart d’entre elles sont criblés de créances douteuses, qui minent leur performance et font peser d’importants risques en matière de régulation. La Banque centrale européenne presse les établissements de les nettoyer, mettant sous pression leur cours de Bourse. Bridgewater s’est notamment attaqué à Intesa Sanpaolo. Le hedge fund a ensuite pris des positions vendeuses sur d’autres sociétés italiennes : Enel et Eni… pour un total de 18 sociétés représentant 3 milliards de dollars.

 Il a étendu ses paris à la baisse à toute l’Europe. Le « hedge fund » est «short» sur les allemands Siemens et Deutsche Bank, l’européen Airbus, la française BNP Paribas, la banque néerlandaise ING, Sanofi, Nokia, sur le pétrolier Total, l’assureur Allianz ou encore la Deutsche Bank et Siemens, … Il a pris des positions courtes sur près de la moitié des sociétés du DAX (la bourse de Francfort) pour un total de 7,3 milliards de dollars outre-Rhin. Dans l’Hexagone, le total s’élève à 4,5 milliards. ». Le fonds n’a épargné personne, ou presque.

« 22 milliards, sur les 160 milliards de dollars gérés par le fond, ça fait quand même une quote-part importante de défiance envers l’Europe« 

Pascal De Lima, chef économiste chez Harwell Management

L’ampleur de cette attaque, autant que les entreprises ciblées, interpellent de nombreux observateurs avisés des marchés financiers. Parmi eux, Pascal De Lima, chef économiste chez Harwell Management. « 22 milliards, sur les 160 milliards de dollars gérés par le fond, ça fait quand même une quote-part importante de défiance envers l’Europe« , s’étonne-t-il. « Il est vrai que l’ampleur et le timing peuvent paraître surprenants mais, concernant l’ampleur, il faut faire attention. On parle de milliards de dollars mais on peut prendre des positions d’achat à découvert avec une mise de fond initiale assez limitée, en bénéficiant d’effets de levier », nuance François Longin, professeur de finance à l’Essec.

Le fond est pessimiste sur l’évolution des actifs financiers mondiaux et américains.

L’affrontement entre les Etats-Unis et la Chine « joue un rôle significatif sur les marchés et va rester présent dans les prochaines années ». « Les conflits sont souvent d’abord économiques avant de devenir géopolitiques. Les guerres se produisent quand un pays aspire à la domination. Ces 500 dernières années, une puissance émergente a contesté la puissance établie à 16 reprises et dans 12 cas cela a débouché sur une guerre. La Chine conteste la suprématie américaine comme l’avaient fait l’Allemagne et le Japon à l’égard d’un Empire britannique affaibli après la Première Guerre mondiale. »

Crépuscule obligataire

Les marchés sont entrés dans une période où les moindres erreurs de politique monétaires (un durcissement trop fort et trop rapide de la Réserve fédérale) peuvent voir des conséquences disproportionnées et asymétriques. Les erreurs coûtent beaucoup plus cher que les gains des bonnes décisions. « Les rendements des actifs et les économies sont sensibles aux resserrements monétaires et les banques centrales n’ont plus beaucoup de pouvoir de favoriser le crédit. » « Les resserrements monétaires ne fonctionnent jamais parfaitement », aussi il en découle immanquablement des contractions de l’activité.

Le dollar chuterait de « 30% dans les 2 prochaines années »

Dans cette fin de cycle d’endettement, ce sont les secteurs qui ont eu le plus recours à la dette qui souffrent le plus. Ce fut le segment des obligations hypothécaires avant la crise de 2007. Cette fois c’est la dette des entreprises et tous les actifs (Nasdaq…) qui se comportent bien quand la croissance est forte, qui vont être affectés. « La fin du cycle court d’endettement, qui dure généralement de 5 à 10 ans, coïncide avec la fin du cycle long de la dette, qui dure 50 à 75 ans », estime Ray Dalio. « Comme en 1929-1933, nous avons, après la crise de 2007, augmenté la dette pour soutenir les marchés et l’activité économique. »

Les banques centrales se retrouvent aujourd’hui dans une situation comparable à 1937. Elles n’ont plus de « munitions » et font face à des risques de baisse de la croissance accentués par les tensions géopolitiques. Dans une interview à « Bloomberg » en septembre, il estimait que le dollar pourrait chuter de 30 % dans les deux prochaines années. De quoi miner le statut de la première monnaie de réserve mondiale auprès des investisseurs étrangers.

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