La France résiste t-elle toujours aux fonds activistes ?


Articles / mercredi, janvier 9th, 2019
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Si la France a longtemps résisté aux attaques des fonds activistes venus des États-Unis, il apparaît bel et bien qu’une brèche a été percée. Guère effrayés à l’idée de s’attaquer aux fleurons de l’économie française, les activistes sont aujourd’hui plus que jamais à la conquête du vieux-continent.

  L’assaut agressif d’Elliot sur Pernod Ricard

En prenant part au capital de l’une des plus grosses entreprises française, Elliott a frappé un grand coup. Le 12 décembre dernier, c’est un milliard d’euros, soit 2 ,5% du capital de Pernod Ricard qui a été investi par le géant américain. Crée en 1977 par le tenace milliardaire Paul Singer, le fonds qui représente aujourd’hui 35 milliards de dollars, a planté ses griffes dans l’entreprise leader français de la vente de spiritueux. Le signe d’une nouvelle ère ? Fini en tout cas la période où les fonds activistes n’osaient pas s’attaquer aux grandes entreprises traditionnelles de l’Hexagone.

Reste à savoir si les objectifs exprimés seront atteints. Car l’offensive est d’envergure ! En effet, l’entreprise dirigée par Alexandre Ricard, petit-fils du fondateur Paul Ricard, devrait selon Elliott réaliser jusqu’à 500 millions d’euros d’économies annuelles de façon durable. L’objectif ? Se rapprocher de la rentabilité de son principal concurrent Diageo, entreprise britannique, géant mondial de la vente de spiritueux. Autre revendication : ouvrir davantage le conseil d’administration à des représentants indépendants pour éviter un trop grand contrôle de la famille Ricard. Difficile à mettre en place étant donné que la famille détient 21,7 % du droit de vote.

Alexandre Ricard, PDG de Pernod Ricard, défend dans une interview au Financial Times, la stratégie de création de valeur sur le long terme du groupe de spiritueux face aux critiques du fonds activiste Elliott.

Des exigences qui peinent à se concrétiser dans l’Hexagone

Ce plan d’amélioration opérationnelle reste donc très ambitieux et le chemin risque d’être semé d’embuches pour Elliott. Les marques du groupe (MUM, Pernod, Ricard, Havana Club ou encore Absolut Vodka) font véritablement partie du patrimoine français. Pas sûr que la pression fonctionne sur ce grand groupe familiale qui a déjà défendu sa stratégie.

Elliott a d’ailleurs déjà connu plusieurs revers, notamment une contravention de 16 millions d’euros infligée par l’Autorité des marchés financiers concernant la gestion de l’investissement dans la société Eiffarie.

Selon l’AFP, l’État français a déjà mis en garde contre les offensives qui viseraient les entreprises familiales ; car les ambitions sont plutôt  tournées vers des actionnaires engagés sur le long terme pour assurer la stabilité et une évolution progressive.

Et c’est justement l’État qui reste aujourd’hui le principal bouclier levé contre les offensives des fonds activistes de moins en moins timides dans l’Hexagone mais surtout Outre-Manche.

  Des activistes tournés vers l’Europe

Pour l’heure la  France est bien loin d’être un paradis pour les fonds activistes. C’est pourquoi leurs champs d’action s’étendent à d’autres pays plus attractifs du continent.  Avec près de 40 campagnes menées en Europe au cours de l’année 2018, c’est le Royaume-Uni qui reste le terrain de jeu favori des activistes. Unilever, Hammerson ou encore Vodafone, à lui seul, le pays en pleine transition du Brexit, comptabilise pas moins de 21 campagnes selon la récente étude publiée par Lazard.  En France, sur la même période, seules deux entreprises ont été la cible de fonds activistes : Scor par l’investisseur CIAM et Latécoère mis sous pression par Sterling Value Fund.

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