Comment Elliott retourne vos enfants contre vous pour mieux vous faire virer


Articles / lundi, décembre 10th, 2018
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Né en novembre 2016, lors de la scission en deux du géant minier Alcoa, Arconic a rapidement constaté la rare violence et les procédés douteux dont est capable le fonds vautour Elliott Management, un de ses actionnaires minoritaire mais néanmoins déterminé à imposer ses vues.

Le fonds activiste américain est entré au capital d’Alcoa en 2015 à hauteur de 6,5% dans l’objectif de travailler aux côtés des dirigeants en place pour la scission envisagée des activités et la vente de la division énergétique. Elliott avait réussi à obtenir avant la scission trois sièges aux conseils d’administration de chacune des deux entités. La scission consistait à couper Alcoa en deux entités :Alcoa Corporation, regroupant les activités d’aluminium, d’alumine et de bauxite, et Arconic, regroupant les activités de fabrication de pièces et de composants en matériaux légers (aluminium, titane et nickel) destinés aux secteurs de l’aéronautique, de l’automobile, de l’électronique, de l’énergie, de la défense et de la construction.

Le découpage de grands groupe et leur vente par appartement est effectivement une des pratiques les plus courantes des fonds activistes comme Elliott, souvent au détriment de considérations de plus long-terme, ou de l’impact social de ces mesures. Mais là n’est pas le plus grave.

Arconic a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 13 md$ et employait 41 500 employés. Arconic est actuellement entrain d’étudier des offres de rachat, notamment celle soumise par le fonds de private equity Apollo Global Management pour 11 md$. Arconic a réalisé en 2018 des résultats supérieurs aux attentes et relève ses prévisions annuelles (chiffre d’affaires en hausse de 9% au troisième trimestre 2018 par rapport à 2017) mais les perspectives de croissance se sont assombries en raison de la hausse des prix de l’aluminium (de près de 40%) et des sanctions douanières sur les importations d’aluminium européen et russe (tarifs de 10% sur les importations d’aluminium vers les Etats-Unis). Depuis le début de l’année 2018, le titre d’Arconic a chuté de 30% se négociant entre 19 et21$, revenant à un cours avoisinant les cours d’il y a près deux ans quand la gouvernance changeait suite à lascission d’Alcoa.

Un minoritaire en guerre ouverte contre le management, au détriment de l’entreprise

En avril 2017, un mois après la scission, Elliot, qui détenait alors seulement 13,2% du capital d’Arconic,estime qu’il est temps de prendre des résolutions stratégiques et managériales au sein de l’entreprise,et le fait savoir en annonçant qu’un « changement de leadership est nécessaire pour améliorer la performance de l’entreprise », visant directement le CEO Klaus Kleinfeld. Trois mois plus tard, à l’issue d’un conflit dévastateur, Klaus Kleinfeld est contraint de démissionné. Klaus Kleinfeld était un personnage emblématique d’Alcoa chez qui il travaillait depuis 2007 et depuis 2008 en tant que CEO. Il avait orchestré le repositionnement d’Alcoa notamment vers le secteur automobile et aéronautique. Que s’est-il passé entre temps ?

C’est sur ce point que nous renseigne une source fiable s’il en est, le magazine Fortune, qui affirmait en 2017 qu’Elliott, dans le cadre de sa campagne contre Arconic, avait engagé des détectives privés chargés d’enquêter auprès des proches et des voisins de Kleinfeld, alors PDG d’Alcoa, dans le but d’obtenir des informations compromettantes sur ce dernier. Une des filles de Kleinfeld, étudiante à Harvard, a même été approchée sur son campus après avoir été contactée sur Facebook par une personne « cherchant des informations sur sa famille ». Les enfants de Norbert Essing, un consultant d’Arconic, ont été également approchés à Londres par des personnes souhaitant se renseigner sur les addictions supposées de leur père. Ces approches ont d’ailleurs été réalisées peu de temps après qu’Essing ait manifesté son soutien à Kleinfeld. Bien sûr, Elliott a toujours démenti ces accusations.

Pourtant, même après la démission de Kleinfled, qu’Elliott finit par obtenir en avril 2017, le fonds a continué de s’acharner sur le bilan de l’ex-CEO avec une obstination rare, et très bien documentée : en mai 2017, près d’un mois après la démission de Klaus Kleinfeld, Elliott Management a envoyé, en vue de l’Assemblée Générale d’Arconic à venir, des lecteurs vidéo rechargeables chargés de quatre minutes d’attaque ad hominem, affirmant que Klaus Kleinfeld « avait le pire bilan de tous les dirigeants du S&P500 ». Le document, dont la lecture se lançait dès que les actionnaires ouvraient le paquet, a été envoyé à des milliers de grands actionnaires. Cette opération aurait coûté à elle seule près de 3 millions de dollars. Lors de cette assemblée, Arconic et Elliott se sont mis d’accord quant à la nomination de nouveaux membres au conseil d’administration. Christopher Ayers, Elmer Doty et Patrice Merrin,soutenus par Elliott, ont ainsi rejoint le conseil d’administration, mettant fin au proxy fight habituel.

Ce qu’a vécu le management d’Arconic illustre parfaitement les méthodes et les ressources littéralement sans limites, ni financières ni morales, qu’Elliott est capable de déployer dans ses campagnes pour garantir son succès.

Une pratique classique d’Elliott

Ce n’est cependant pas le seul fait d’arme comparable d’Elliott. Ulrich Lehner, l’ancien président du conseil de surveillance de ThyssenKrupp, autre victime d’une campagne menée par ce fonds, a accusé Elliott de mener une campagne de « terreur psychologique » contre les dirigeants de l’entreprise. Il a affirmé qu’Elliott avait recouru à la diffusion de propos mensongers et au harcèlement de voisins et de proches de dirigeants de ThyssenKrupp pour obtenir leur départ.

Mi-juillet 2018, seulement 2 mois après être entré au capital de l’industriel allemand, le fonds a en effet obtenu coup sur coup la démission du président du directoire Heinrich Hiesinger puis celle de M.Lehner. Tous deux s’opposaient à la volonté d’Elliott de scinder les activités du groupe, dénonçant les suppressions d’emplois qui s’ensuivraient. Les pouvoirs publics s’étaient également opposés à cette stratégie court-termiste de création de valeur actionnariale, qu’ils qualifiaient d’ailleurs de « fléau activiste ». Le ministre allemand du Travail, Hubertus Heil, avait ainsi marqué son « inquiétude croissante » et s’était catégoriquement opposé à la séparation de certaines activités de ThyssenKrupp au nom de la préservation de très nombreux emplois.

Mais le conglomérat allemand ThyssenKrupp n’a pu résister à la pression de ces actionnaires activistes et a déclaré fin septembre prévoir une scission en deux de sa structure historique.

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