Toys’R’Us : retour sur un désastre financier causé par les vautours


Articles / jeudi, octobre 18th, 2018
Partagez autour de vous !

Écrasé par une dette colossale, le groupe Toys’R’Us s’était placé sous la protection de la loi américaine sur les faillites en septembre 2017, la maison mère du groupe officialise, le 15 mars 2018, la liquidation de ses activités aux Etats-Unis. Qu’est-il arrivé au plus grand magasin de jouets d’Amérique ? Pour le comprendre, revenons sur son rachat par 3 grands fonds d’investissements.

Il y a quelques années à peine, Toys « R » Us était une chaine de magasin de jouets américaine emblématique. En septembre 2017, la société se déclare en faillite, avec une dette de l’ordre de 5 milliards de dollars. En mars 2018, l’entreprise liquide tous ses magasins américains et licencie ses 33.000 salariés aux États-Unis.

Après un grand succès dans les années 80, la performance de Toys « R » Us est devenue terne dans les années 90. Les ventes sont restées stables et les bénéfices ont diminué. Le conseil d’administration de Toys « R » Us  décide alors de mettre en vente. Les acheteurs sont une société d’investissement immobilier appelée Vornado et deux sociétés de capital-investissement nommées KKR et Bain Capital.

Un rachat par emprunt « 20% réellement sortis des poches des acheteurs »

Le trio a versé 6,6 milliards de dollars pour rembourser les actionnaires de Toys « R » Us. Mais c’était un rachat par emprunt : seulement 20% sont réellement sortis des poches des acheteurs. Les 80 % restants ont été empruntés. Après l’acquisition, Toys « R » Us est devenue responsable du remboursement de cette dette massive, tout en versant à Bain Capital et aux deux autres sociétés des frais de conseil et de gestion exorbitants.

En théorie, tout le monde est gagnant dans un rachat par emprunt. Il est censé transformer une entreprise en difficulté en entreprise privée et la transformer en une entreprise plus légère et plus efficace. Ensuite, elle est revendue aux actionnaires publics pour un profit. Les acheteurs font de l’argent ; les actionnaires obtiennent une entreprise plus saine ; les travailleurs restent employés.

Le tournant Bain, KKR et Vornado ne s’est jamais présenté

Sauf que Toys « R » Us a continué à stagner. L’entreprise n’a jamais vraiment compris comment réagir à l’évolution du marché et à l’essor de la vente en ligne. Le groupe a également raté quelques occasions, comme l’octroi de licences pour les marques de films Star Wars et Lego. Pendant ce temps, l’inégalité croissante et la stagnation des salaires ont absorbé la base de consommateurs de la classe moyenne, sur laquelle Toys « R » Us et d’autres détaillants comptaient traditionnellement.

Toys_R_us_sign

Le tournant que Bain, KKR et Vornado étaient censés proposer ne s’est jamais présenté. Depuis l’achat en 2004 jusqu’en 2016, les ventes de l’entreprise n’ont jamais dépassé les 11 milliards de dollars. En fait, ils sont passés de 13,5 milliards de dollars en 2013 à 11,5 milliards en 2017.

 Toys « R » Us payait de 425 à 517 millions de dollars d’intérêts chaque année

En soi, cela n’aurait pas dû être catastrophique. Le vrai problème ? Le rachat par effet de levier a mis la corde au cou de Toys « R’ Us ». Juste avant le rachat, l’entreprise disposait de 2,2 milliards de dollars de trésorerie et d’équivalents de trésorerie. En 2017, son stock s’était réduit à 301 millions de dollars, alors même que le fardeau de sa dette passait de 2,3 à 5,2 milliards de dollars. Pendant ce temps, Toys « R » Us payait de 425 à 517 millions de dollars d’intérêts chaque année.

Des pertes à la baisse, des paiements d’intérêts en hausse

Cette énorme fuite des liquidités a probablement empêché l’entreprise d’investir et d’innover, même si son trio d’acheteurs avait été à la hauteur du défi. Elle ne permettait pas non plus de réaliser des bénéfices de manière durable. Toys « R » Us a constamment enregistré des pertes nettes de 2014 à 2017. Mais au cours des trois dernières années, ces pertes nettes ont été considérablement plus faibles que les paiements de sa dette. En réalité, les pertes diminuaient avec un boom général des ventes de l’industrie du jouet . Fin 2017, les pertes avaient baissé jusqu’à 36 millions de dollars.

Autrement dit, si Bain, KKR et Vornado n’étaient jamais venus, Toys « R » Us n’aurait pas forcément fait beaucoup mieux, mais il aurait probablement pu s’en sortir. Pas plus tard que qu’en 2017, l’entreprise représentait encore 20 % de toutes les ventes de jouets aux États-Unis.

Au lieu de cela, l’héritage du rachat par emprunt a miné le groupe, Toys « R » Us a déposé son bilan au mi-2017. Puis, lorsque les ventes des Fêtes n’ont pas fonctionné, la direction de l’entreprise a décidé de vendre ou de fermer tous ses magasins. 33.000 travailleurs ont perdu leur emploi !

200 millions de frais sur le dos de Toys « R » Us

Bain, KKR et Vornado devront bien sûr amortir leur investissement. Toutefois, ils ont « sucré » environ 200 millions de dollars en frais sur Toys « R » Us pendant toute la durée de leur propriété.

En gros, le trio a pris une entreprise imparfaite mais fonctionnelle et l’a cannibalisée pour de l’argent comptant.

« Rares sont ceux qui soulignent que la dette était une stratégie délibérée des vautours de la finance ! »

De façon frustrante et étonnante, l’histoire du fardeau de la dette de Toys « R’ Us a fait figure de simple note de bas de page dans la couverture médiatique, enfouie sous les réflexions sur la façon dont l’entreprise n’a pas réussi à concurrencer des sociétés comme Amazon.

Et lorsque le sujet de la dette est abordé, il est souvent sans contexte : Toys « R » Us vient d’emprunter de l’argent, cela s’est avéré être une mauvaise décision, et maintenant le détaillant subit le sort des emprunteurs imprudents.

Rares sont ceux qui soulignent que la dette était une stratégie délibérée des vautours de la finance !

 

Une réponse à « Toys’R’Us : retour sur un désastre financier causé par les vautours »

  1. Étonnant cette histoire, étonnant que l’entreprise Toys pesant des milliards n’ai pas des avocats ou lobbyistes ayant vu le coup venir…🤔

Laisser un commentaire